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17/10/2007

Il y a 50 ans : Albert Camus, Prix Nobel de Littérature

Voilà un anniversaire qui passe inaperçu en France. On parle de grève, de rupture, de misère, mais pas du 50éme anniversaire du prix Nobel de Littérature reçu, en octobre 1957 par Albert Camus.
Un prix prestigieux "pour l'ensemble d'une œuvre qui met en lumière, avec un sérieux pénétrant les problèmes qui se posent de nos jours à la conscience des hommes".
Albert Camus avait tout juste 44 ans. Il était le neuvième français à obtenir ce prix Nobel de Littérature. A l'occasion de la remise du prix, Albert Camus dédie son discours à Louis Germain, son instituteur qui en CM2 lui avait permis de poursuivre ses études.
Avec toute l'humilité qu'on pouvait lui connaitre, Albert Camus avait un regret : il aurait souhaité que cette distinction revienne à André Malraux, son aîné qu'il considérait comme son maître.
Trois ans plus tard, le 4 janvier 1960, le destin frappait Albert Camus. Il trouvait la mort dans un accident de voiture... Alors qu'il avait prévu de se rendre à Paris par le train, Michel Gallimard lui propose de profiter de sa voiture. Près de Sens, pour une raison indéterminée, le chauffeur perd le contrôle du véhicule. Albert Camus meurt sur le coup. On retrouve dans la voiture le manuscrit inachevé du Premier Homme. Dans l'une de ses poches, il y avait également le billet de chemin de fer.

11/09/2007

MON 11 SEPTEMBRE !!!


La date du 11 septembre est pour moi un jour noir. Je ne parle pas du 11 septembre 2001 qui va être commémoré par l'ensemble des médias ... Mon 11 septembre remonte à 34 ans en arrière, en 1973.

Ce coup d'état fasciste orchestré par la CIA et les américains pour renverser un gouvernement socialiste élu démocratiquement ne fait plus la Une des médias ... Ils ont sous la main les attentats de New-York, bien plus identifiables ...
Pourtant !
Ce 11 septembre 1973, ce sont les Etats-Unis qui décidèrent d'abattre la démocratie chilienne sans que le monde entier ne trouve à redire ...
Ce 11 septembre 1973 nous nous sommes réveillés meurtris par cette sombre information. Le Chili libre se reveillait sous les bombes et sous les bottes des fascistes. Commençait alors une période sombre, très sombre, où la torture, la chasse aux communistes, aux socialistes, aux révolutionnaires du MIR, mais aussi  à tous ceux qui ne pensaient pas comme les nouveaux maitres du Chili...
La torture fut organisée à l'échelle de tout le pays ... Les tortionnaires reçurent l'aide des "amis" américains, sans que les pays occidentaux protestent autrement que par des communiqués qui n'avaient qu'un but : protester sans  trop déranger ...
Ce 11 septembre 1973, j'ai pleuré tout mon saoul... Nous étions alors jeunes, plein d'espoir dans cette expérience étonnante ... Cela peut vous paraitre bizarre ... mais l'Amérique Latine ne vivait alors qu'à travers des coups d'état ... fomentés par les "gentils" yankees ...
Et là, au Chili, un président socialiste était élu le plus démocratiquement du monde ...
Bien entendu c'était trop "légal" pour ces Etats-Unis qui se targuaient d'être le pays de la démocratie...
Alors ils ont employé la manière forte ...
Ils ont assassiné une démocratie naissante pour quelques intérêts économiques ...
Ils ont assassiné un peuple épris de liberté pour conserver leurs intérêts économiques ...
Alors voilà, pourquoi, moi, le 11 septembre 2001 je n'ai pas versé de larmes sur les attentats de New-York... C'est peut-être parce j'avais trop versé de larmes un 11 septembre 1973...

La dernière photo connue de Salvador Allende

C'est le dernier discours de Salvador ALLENDE transmis par Radio Magallanes, le 11 septembre 1973:

Je paierai de ma vie la défense des principes qui sont chers à cette patrie. La honte tombera sur ceux qui ont trahi leurs convictions, manqué à leur propre parole et se sont tournés vers la doctrine des forces armées. Le peuple doit être vigilant, il ne doit pas se laisser provoquer, ni massacrer mais il doit défendre ses acquis. Il doit défendre le droit de construire avec son propre travail une vie digne et meilleure. A propos de ceux qui ont soi-disant «autoproclamé» la démocratie, ils ont incité la révolte, et ont d'une façon insensée et louche mener le Chili dans le gouffre. Au nom des plus gros intérêts du peuple, au nom de la patrie, je vous appelle pour vous dire de garder l'espoir. L'Histoire ne s'arrête pas ni avec la répression, ni avec le crime. C'est une étape à franchir, un moment difficile. Il est possible qu'ils nous écrasent mais l'avenir appartiendra au peuple, aux travailleurs. L'humanité avance vers la conquête d'une vie meilleure.
Compatriotes, il nous est possible de faire taire les radios, et je prendrai congés de vous. En ce moment sont en train de passer les avions, ils pourraient nous bombarder. Mais sachez que nous somme là pour montrer que dans ce pays, il y a des hommes qui remplissent leurs fonctions jusqu'au bout. Moi je le ferai mandaté par le peuple et en tant que président conscient de la dignité de ce dont je suis chargé.

C'est certainement la dernière opportunité que j'ai de vous parler. Les forces armées aériennes ont bombardé les antennes de radio. Mes paroles ne sont pas amères mais déçues. Elles sont la punition morale pour ceux qui ont trahi le serment qu'ils firent. Soldat du Chili, Commandant en chef, associé de l'Amiral Merino, et du général Mendosa, qui hier avait manifesté sa solidarité et sa loyauté au gouvernement, et aujourd'hui s'est nommé Commandant Général des armées. Face à ces évènements, je peux dire aux travailleurs que je ne renoncerai pas. Dans cette étape historique, je paierai par ma vie ma loyauté au peuple. Je vous dis que j'ai la certitude que la graine que l'on à confié au peuple chilien ne pourra pas être détruit définitivement. Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais n'éviteront pas les procès sociaux, ni avec le crime, ni avec la force.
L'Histoire est à nous, c'est le peuple qui la fait. Travailleurs de ma patrie, je veux vous remercier pour la loyauté dont vous avez toujours fait preuve, de la confiance que vous avez reposé sur un homme qui a été le seul interprète du grand désir de justice, qui jure avoir pu respecté la constitution et la loi. En ce moment crucial, la dernière chose que je voudrais vous adresser est que j'espère que la leçon sera retenue.
Le capital étranger, l'impérialisme, ont créé le climat qui a cassé les traditions: celles que montrent Scheider et qu'aurait réaffirmé le commandant Araya. C'est de chez lui, avec l'aide étrangère, que celui-ci espérera reconquérir le pouvoir afin de continuer à défendre ses propriétés et ses privilèges. Je voudrais m'adresser à la femme simple de notre terre, à la paysanne qui a cru en nous; à l'ouvrière qui a travaillé dur et à la mère qui a toujours bien soigné ses enfants. Je m'adresse aux personnels de l'Etat, à ceux qui depuis des jours travaillent contre le coup d'état, contre ceux qui ne défendent que les avantages d'une société capitaliste. Je m'adresse à la jeunesse, à ceux qui ont chanté et ont transmis leur gaieté et leur esprit de lutte. Je m'adresse aux chiliens, ouvriers, paysans, intellectuels, à tous ceux qui seront persécutés parce que dans notre pays le fascisme est présent déjà depuis un moment. Les attentats terroristes faisant sauter des ponts, coupant les voies ferrées, détruisant les oléoducs et gazoducs; face au silence de ceux qui avaient l'obligation d'intervenir, l'Histoire les jugera.

lIs vont sûrement faire taire radio Magallanes et vous ne pourrez plus entendre le son métallique de ma voix tranquille. Peu importe, vous continuerez à m'écouter, je serai toujours près de vous, vous aurez au moins le souvenir d'un homme digne qui fut loyal avec la patrie. Le peuple doit se défendre et non pas se sacrifier, il ne doit pas se laisser exterminer et se laisser humilier. Travailleurs: j'ai confiance au Chili et à son destin. D'autres hommes espèrent plutôt le moment gris et amer où la trahison s'imposerait. Allez de l'avant sachant que bientôt s'ouvriront de grandes avenues où passera l'homme libre pour construire une société meilleure.

Vive le Chili, vive le peuple, vive les travailleurs ! Ce sont mes dernières paroles, j'ai la certitude que le sacrifice ne sera pas vain et qu'au moins ce sera une punition morale pour la lâcheté et la trahison.


Arrestation par l'armée des défenseurs du palais présidentiel


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