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18/05/2007

LETTRE AU CAMARADE KOUCHNER

Mon cher Camarade,
Oui, je sais que tu détestes qu'on t'appelle ainsi, cela te rappelle de mauvais souvenirs. Mais pourtant, mon cher Camarade, il y a bientôt quarante ans nous étions ensemble sur les barricades. Nous rêvions d'un monde juste, égalitaire, nous lancions des pavés sur la police, nous gueulions contre la répression, nous débattions, nous refaisions le monde, dix, quinze, vingt fois par jour. Nous étions alors jeunes. Et nous étions habité par le rêve de ce monde qui se dessinait devant nous. Ah que nous souhaitions changer ce vieux monde. Cette droite au pouvoir depuis si longtemps, nous la haïssions. Et en premier lieu, son chef historique, de Gaulle. Après des années de pouvoir nous ne le regardions plus comme l'homme qui avait su dire NON à cette France qui s'était couchée, mais plus comme un despote. Nous avions certainement tort. Mais n'est ce pas le privilège de la jeunesse d'être excessif?
Et nous l'étions excessifs, toi comme moi, comme tous les autres.
Mon cher camarade, te souviens-tu des grandes manifestations qui embellissaient nos coeurs, jour après jour ?
Mon cher camarade, te souviens-tu de ces nuits d'émeutes où nous nous prenions pour des Che Guevara ?
A cette époque tu avais un sens inné de l'organisation. Tu avais même pris en main le service d'ordre des manifestations. Déjà le pouvoir, déjà les responsabilités, déjà l'ambition.
J'espère que tu n'as pas oublié cette période quand même. C'était notre jeunesse. Tu ne peux pas avoir changé de cette façon. Tu te souviens camarade quand nous partions au combat  pour affronter la police républicaine. Et cette police ne nous faisait pas de cadeaux. Déjà !
Puis, Mai 68 est passé. En juin ce fut au tour de la France réactionnaire d'envahir le pavé pour crier sa peur de la Révolution. A cette époque, un jeune de 13 ans ne rêvait que de se retrouver sur les Champs-Elysées au côté de cette réaction, de cette France moisie, de cette France qui retrouvait ses grands airs de pétainisme. Ce jeune homme, sa mère lui avait interdit de défiler. Ce jeune homme, en juin 68 tu l'aurais détesté, haï, comme nous tous. Ce jeune homme, maintenant tu vas le côtoyer en permanence puisque le voilà devenu le grand chef de la France.
Mon cher Camarade, après cette période extraordinaire où nous étions libres, fraternels, égaux, nous avons continué notre existence, sans jamais oublier ce combat qui nous forgea à jamais. Enfin, quand je dis nous, je pense à ceux qui ne se sont pas vendus au plus offrant... Et ces jours-ci, je m'aperçois qu'ils sont nombreux à avoir oublié leur jeunesse, à avoir renié leur idéal...
Mon cher Camarade, j'ai honte pour toi. Car je me rends compte que tu t'es servi de cette histoire pour assouvir ta passion du pouvoir. Te voilà prêt, toi aussi, à liquider l'héritage de mai 68.
Oui, j'ai honte pour toi car aujourd'hui tu viens de franchir le rubicond. L'histoire retiendra ta trahison.  Uniquement cela.
Demain quand tu seras dans ta salle de bain, regardes-toi bien dans la glace. Tu apercevras le visage d'un homme qui,  par soif du pouvoir, aura trahi des millions de citoyens. L'homme que tu découvriras, il y a quarante ans, tu te souviens camarade, nous le traitions de vieu con. Et bien maintenant, tu viens de pénétrer dans ce cercle que nous voulions détruire. Tu es devenu à ton tour un vieux con.
Moi, demain, je me regarderai dans la glace. Un peu plus qu'aujourd'hui. Je n'aurai pas honte de mon visage. Car, vois tu mon cher camarade, je n'ai pas tellement changé. Je garde toujours l'espoir de changer le monde, je  rêve d'une société égalitaire, où le citoyen aura toute sa place, d'une société où les immigrés auront  leur place en dehors des charters, d'une société où les enfants des sans-papiers accéderont au savoir, d'une société où les jeunes des quartiers populaires auront un avenir en dehors du commissariat et de la prison...
Je continuerai à ne pas me détester car moi, cher camarade, je n'ai pas assouvi ma soif de pouvoir par la trahison. Je suis resté un citoyen lambda, bien loin des dorures de la République, bien loin des plateaux médiatiques, bien loin des palaces.
Voilà, mon cher camarade, je voulais te dire que j'avais honte pour toi et que ta trahison fera d'énormes dégâts parmi le peuple de gauche qui  lui, ne souhaite pas liquider Mai 68, parce que mai 68 lui a apporté du bonheur. Mais toi, ton seul bonheur, c'est de te pavaner dans un fauteuil de ministre. J'espère, camarade ministre, que tu te retrouveras en face d'Eric Besson, lors du Conseil des ministres. En le regardant, tu verras ton portrait tout craché. Celui du traître de service.
Adieu, camarade, le vieux monde n'est pas derrière, hélas il est devant et tu es un de ses plus tristes représentants.
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